Le batik à Yogyakarta : à la découverte d’un art ancestral

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En plein cœur de Java, la ville de Yogyakarta est le centre artistique de l’île. On y vient pour découvrir son patrimoine architectural unique, ses marionnettes d’ombre faites de cuir mais aussi ses délicats et colorés tissus en batik. Conseil pratique pour éviter les pièges à touristes et vivre une expérience unique à Java.

SOMMAIRE :

  1. Qu’est-ce que le batik ?
  2. Le batik à Yogyakarta
  3. Objets en batik
  4. Acheter ou créer son batik ?
  5. Prix
  6. Étapes de création

Qu’est-ce que le batik ?

Inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2009, le batik est un art traditionnel, qui consiste à appliquer de la cire chaude sur du tissu pour créer un motif. Il est ensuite teint puis bouilli pour retirer la cire, et ainsi révéler le dessin. Chaque motif a sa propre signification : il peut indiquer une région ou encore être propre à une famille.

Le batik est porté pour toutes les occasions (officielles, cérémonies religieuses ou vie quotidienne) et par toutes les classes sociales, du sultan de Yogyakarta jusqu’aux plus pauvres. Depuis son inscription à l’UNESCO, le gouvernement indonésien incite également les fonctionnaires et travailleurs du privé à le porter. Pour info, une compagnaie aérienne indonésienne s’appelle même Batik Air !

On retrouve deux styles de batik sur l’île de Java :

  • Celui des anciennes villes royales de Yogyakarta, Solo et Banyumas : depuis le XVIème siècle, le batik est produit pour habiller les familles royales du centre de Java. Sous l’influence grandissante de l’islam, les motifs se sont peu à peu stylisés, la religion interdisant les représentations humaines et animales.
  • Celui de la côte nord avec Cirebon et Pekalongan : sous l’influence des Chinois dès le XIXème siècle, on retrouve dans les batiks des motifs animaliers tels que le phénix, le paon, le coq mais aussi des motifs floraux avec le lotus, le chrysanthème, l’orchidée ou encore la pivoine.
batik yogyakarta

Le batik à Yogyakarta

Un art traditionnel

Yogyakarta (à prononcer Djogjakarta) est le centre culturel de Java mais aussi de tout l’archipel. C’est là qu’on y retrouve les principaux ateliers de batik et que vous aurez le plus de choix dans les motifs, couleurs, supports, etc.

Certains batiks nécessitent des jours voire des mois de travail, selon la complexité du motif. Cet art délicat requiert patience, dextérité et relève d’un vrai savoir-faire. Pour s’en rendre compte, le mieux est de pénétrer dans un atelier de créateurs et d’admirer la précision et la délicatesse des gestes.

Bon à savoir : les couleurs et motifs sont souvent typiques de certaines régions. Par exemple, le batik de Yogyakarta est marron orangé, avec du bleu indigo et des sortes de spirales. Certaines familles sont aussi connues pour posséder leurs propres motifs, comme celle du sultan de Yogyakarta.

Quel atelier de batik visiter à Yogyakarta ?

De nombreux ateliers se visitent à Yogyakarta, je recommande chaudement de se rendre à celui de Winotosastro (voir sur Google Maps).

Fondé en 1940, il s’agit à la fois d’une boutique et d’un atelier, où des artisans s’affairent à créer des batiks de toute sorte. On peut découvrir l’atelier gratuitement, pensez juste à demander par politesse (ouvert de 9h à 17h). Le personnel parle très peu voire pas anglais (pour les artisans). Cependant, c’est suffisant pour comprendre le procédé de fabrication.

C’est la fille des fondateurs qui gère maintenant l’atelier (cf photo au-dessus, où elle pose fièrement avec un batik aux couleurs de Yogyakarta) et qui m’a fait faire le tour des lieux. A cause de la pandémie, l’atelier a été fermé pendant 2 ans et venait à peine de rouvrir en mai 2022. Avant, une quarantaine de personnes y travaillaient. A mon passage en juillet 2022, seule une petite poignée était revenue, faute de touristes et donc de moyens.

A noter que certains tours incluent la visite de l’atelier, il n’est donc pas rare de voir passer des groupes de touristes, avec un guide. Dans la boutique, on peut découvrir quelques pièces de la collaboration entre Winotosastro et la créatrice française Marie Labarelle.

j’ai découvert l’atelier Winotosastro dans un épisode de Sur les routes de l’Asie, dédié à Yogyakarta. Ce podcast fait partie de ma liste des 10 meilleurs podcast de voyage et d’aventure. Plusieurs épisodes sont dédiés à l’Indonésie, je vous les recommande fortement si vous préparez un voyage dans l’archipel.

batik yogyakarta winotosastro

Les objets en batik indonésien

Le batik accompagne la vie des Indonésiens : on retrouve la technique sur des sarong (ces longues jupes traditionnelles) mais aussi sur des t-shirts et chemises.

Pour faire vivre le tourisme, il s’est décliné sur de nombreux autres supports : nappes, chapeau, portefeuille, pochette, petite peluche… Il y en a pour tous les goûts (et tous les budgets) !

Pour illustrer, la photo de mon propre batik fait main et du tote bag offert par l’atelier Winotosastro, aux couleurs de Yogyakarta.

Acheter ou créer son batik à Yogyakarta ?

Pour ceux qui voudraient ramener un souvenir de Yogyakarta, il existe deux options : acheter un batik ou le créer de toute pièce. Tout dépend du temps, de l’esthétique voulue et de l’expérience qu’on souhaite vivre.

  • Acheter un batik : les avantages sont nombreux, à savoir gain de temps, plus de choix dans les motifs et couleurs du tissu, esthétique plus soignée puisque le travail est réalisé par des artistes expérimentées. Les boutiques regorgent de produits en tout genre, vous trouverez forcément votre bonheur.
  • Créer son batik : cette solution nécessite du temps (quelques heures) et permet de découvrir un peu plus en profondeur cet art traditionnel. Elle a aussi le mérite d’être 100% personnalisable.

si vous voulez créer votre batik à l’atelier Winotosastro, venez dans la matinée : par manque de temps, il est impossible de commencer la création d’un batik après 14h. Côté praticité, si vous cherchez un logement dans le centre de Yogyakarta, l’hostel Wonderloft Jogja se situe dans la même rue que l’atelier. Le personnel est adorable et les dortoirs / salles de bain sont biens.

Comment coûte un objet un batik à Yogyakarta ?

Le prix d’un batik varie selon la quantité de tissu, le temps nécessaire à sa création, sa complexité et la dextérité des artistes. A titre indicatif, j’ai payé chez Winotosastro :

  • 100 000 IDR pour 4 pochettes et deux petites peluches porte-clé ;
  • 900 000 IDR pour un grand sarong fait main (un long tissu qu’on noue autour des jambes pour se couvrir dans les temples). Il a nécessité environ 5h de travail.

La plupart des touristes qui font eux-mêmes leurs batiks optent pour un petit morceau de tissu (type serviette ou dessous de table) : le prix est donc beaucoup plus bas et la création bien plus rapide.

Les étapes de création du batik de Yogyakarta

La création du batik indonésien se fait en plusieurs étapes :

  1. Dessiner les motifs au crayon à papier ;
  2. Retracer les motifs à la cire à l’aide d’un petit pinceau en bambou ;
  3. Teindre le tissu ;
  4. Faire bouillir le tissu pour enlever la cire ;
  5. Faire sécher le tissu et coudre l’étiquette.

on peut aussi opter pour l’utilisation de tampons (qui remplace les 2 premières étapes) : imprégnés de cire, ils permettent de dupliquer simplement des motifs sur tout un tissu. Cette option est beaucoup plus rapide et donc moins onéreuse.

Dessiner à la main les motifs ou utiliser des tampons : que choisir ?

Il y a deux façons de créer un batik :

  1. Dessiner soi-même / reproduire les motifs : on utilise des calques déjà prêts, qu’on glisse sous une table en verre. Grâce à un éclairage, il ne reste plus qu’à poser le tissu sur la surface et repasser au crayon à papier sur les traits. Une fois le motif décalqué, on repasse à la cire dessus avec un stylet, appelé canting.
  2. Reproduire les motifs via des tampons : de gros tampons en cuivre nommés cap sont plongés dans la cire et permettent de dupliquer des motifs sur le tissu.

La première option est plus personnalisable et permet de bien comprendre le procédé de création. Mais elle nécessite plus de temps. Il faut également savoir que dans l’atelier Winotosastro, les tâches sont réparties selon le genre : les femmes se chargent de dessiner les motifs au crayon à papier, repasser dessus à la cire, teindre le tissu et coudre. Les hommes s’occupent des tampons, plus difficiles à manier à cause de leurs poids.

Je suis passée à l’atelier en juillet 2022, lors des célébrations de l’Aïd el-Kebir : seules les femmes faisaient tourner l’atelier. Impossible alors d’utiliser les tampons, manipulés par les hommes. J’ai donc opté pour la solution “à la main” !

Étape 1 : reproduire son motif à la main

La première étape de création d’un batik est le choix des motifs. Dans l’atelier Winotastro, on peut soit opter pour un modèle unique (oiseau, fleurs, papillons, etc.) soit une succession de motifs (comme sur une nappe). Il ne reste qu’à placer le calque sous une table en verre rétroéclairée et repasser sur les traits au crayon à papier.

Cette étape est plus difficile qu’il n’y paraît (surtout quand on n’est pas habitué à une activité manuelle artistique). Cela prend énormément de temps et demande beaucoup de délicatesse et de précision.

Pour ceux qui veulent s’y essayer, attention aux moustiques dans l’atelier !

Étape 2 : repasser sur le motif à la cire

La deuxième étape consiste à repasser sur les traits du motif, avec de la cire. Pour cela, on utilise un petit pinceau en bambou avec un réservoir inclus dedans (canting). On le trempe dans un petit pot de cire chauffée puis on trace le motif. Et on recommence.

Pour éviter de se brûler, on se protège les jambes avec une sorte de grosse serviette plastifiée, sur laquelle on peut également essuyer le surplus de cire.

Étape 3 : teindre le tissu

Une fois le motif dessiné à la cire, il est temps de teindre le tissu. On le plonge d’abord dans un colorant qui le rend jaune : une fois rincé, il est ensuite étendu quelques minutes. Puis, il est de nouveau plongé dans un colorant – cette fois rouge, qui lui donne sa couleur finale : un joli bleu foncé. Il est étendu quelques minutes puis on recommence cette étape une deuxième fois.

A noter qu’on peut seulement colorer son batik de deux couleurs chez Winotosastro (en bleu foncé ou rouge). D’autres combinaisons de couleurs plus complexes (voire un batik bicolore) sont sans doute possibles mais je n’ai pas plus d’informations.

Étape 4 : enlever la cire en faisant bouillir le tissu

Le tissu ayant maintenant sa couleur finale, il faut enlever la cire. Pour cela, il est plongé dans de l’eau bouillante : on récupère à l’aide d’une spatule la cire liquide, qui sera ensuite séchée et réutilisée. Débarrassés de la cire, les motifs blancs apparaissent sur le tissu.

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Étape 5 : séchage et couture

Le tissu n’a plus qu’à sécher tranquillement. On repasse à la machine à coudre pour les finitions et ajouter une étiquette. Après plusieurs heures de travail, le batik est prêt !

Même avec la barrière de la langue, réaliser mon propre batik dans l’atelier Winotosastro a été un véritable moment de partage et d’échange. Pour ceux qui ne veulent pas créer une pièce, y acheter un souvenir permet de soutenir une entreprise familiale et l’artisanat local 😉

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